Fable La Mort et le Bûcheron : Texte, Analyse et Morale
Étude de la fable de Jean de La Fontaine issue du Livre I (1668)
Véritable peinture sociale du Livre I, « La Mort et le Bûcheron » délaisse l'imagerie animale pour affronter la réalité de la condition humaine. Un vieux bûcheron, pliant sous le poids d'un fardeau de bois et d'une vie de labeur, appelle la Mort dans un moment de désespoir absolu. Cependant, face à l'apparition concrète du trépas, la peur de l'inconnu et l'instinct de vie reprennent le dessus, transformant son appel au secours en une simple demande d'aide logistique.
L'essentiel de la morale : La Fontaine livre ici un constat philosophique d'un réalisme frappant : l'homme préfère souffrir que de cesser d'être. La morale souligne que malgré les impôts, la corvée et la misère, l'instinct de conservation est la force la plus puissante de la nature humaine. Comme le conclut le poète : « Plutôt souffrir que mourir, c'est la devise des hommes. »
| Fiche Technique : La Mort et le Bûcheron | |
|---|---|
| Source |
Livre I des Fables de La Fontaine
(16ème fable du recueil) |
| Parution | Premier recueil de 1668 |
| Thématiques | Condition humaine Misère sociale Instinct de survie |
| Genre | Apologue (Récit allégorique à portée morale) |
| Analyse croisée | À comparer avec La Mort et le Malheureux (Livre I, fable 15) pour voir deux réactions différentes face au trépas. |
La Mort et le Bûcheron : Texte Intégral et Versions d'Étude
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Texte original
Un pauvre Bûcheron tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.
Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde ?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde ?
Point de pain quelquefois, et jamais de repos.
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
Le créancier, et la corvée
Lui font d'un malheureux la peinture achevée.
Il appelle la mort, elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu'il faut faire
C'est, dit-il, afin de m'aider
A recharger ce bois ; tu ne tarderas guère.
Le trépas vient tout guérir ;
Mais ne bougeons d'où nous sommes.
Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes.
Source : Jean de La Fontaine, Livre I, fable 16 (1668).
💡 Version annotée
(Définitions et sens caché)
Un pauvre Bûcheron tout couvert de ramée [1],
Sous le faix du fagot [2] aussi bien que des ans
Gémissant et courbé marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine [3] enfumée.
Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde ?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde [4] ?
Point de pain quelquefois, et jamais de repos.
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
Le créancier, et la corvée [5]
Lui font d'un malheureux la peinture achevée.
Il appelle la mort, elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu'il faut faire
C'est, dit-il, afin de m'aider
A recharger ce bois ; tu ne tarderas guère [6].
Le trépas [7] vient tout guérir ;
Mais ne bougeons d'où nous sommes [8].
Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes.
[1] Ramée fait référence aux rameaux d'arbres, branches avec des feuilles.
[2] Le faix est un lourd fardeau et le fagot est constitué de bois coupés, lié ensemble pour être transporté.
[3] Petite chaumière (maison de campagne au toit couvert de chaume).
[4] La machine ronde est une façon poétique de désigner le monde ou la terre.
[5] Travail forcé dû gratuitement au Seigneur.
[6] Le bûcheron demande à la Mort de ne pas s'attarder.
[7] Le trépas est un synonyme poétique et vieilli de la mort.
[8] Ne bougeons pas.
🔢 Version numérotée
(Idéal pour citer les vers)
- Un pauvre Bûcheron tout couvert de ramée,
- Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
- Gémissant et courbé marchait à pas pesants,
- Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.
- Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur,
- Il met bas son fagot, il songe à son malheur.
- Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde ?
- En est-il un plus pauvre en la machine ronde ?
- Point de pain quelquefois, et jamais de repos.
- Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
- Le créancier, et la corvée
- Lui font d'un malheureux la peinture achevée.
- Il appelle la mort, elle vient sans tarder,
- Lui demande ce qu'il faut faire
- C'est, dit-il, afin de m'aider
- A recharger ce bois ; tu ne tarderas guère.
- Le trépas vient tout guérir ;
- Mais ne bougeons d'où nous sommes.
- Plutôt souffrir que mourir,
- C'est la devise des hommes.
Analyse Littéraire et Sens de la Fable "La Mort et le Bûcheron"
🔍 Décryptage de la fable : Un réalisme social frappant
Contrairement à beaucoup de fables, « La Mort et le Bûcheron » s'ancre dans un réalisme social brutal. La Fontaine y énumère les maux du paysan du XVIIe siècle : la gabelle, la taille, les enfants à nourrir, et la corvée. Le fagot de bois ne représente pas seulement une charge physique, mais le poids symbolique d'une existence écrasée par les obligations sociales et fiscales.
Le pivot de la fable réside dans le passage du tragique au dérisoire. L'appel solennel à la Mort se transforme instantanément en une requête banale dès que celle-ci apparaît. Ce revirement montre que la raison humaine est impuissante face à l'instinct de conservation : on préfère l'enfer familier de la souffrance au néant inconnu de la mort.
💡 Écho contemporain
Cette fable résonne encore aujourd'hui comme une étude sur la résilience humaine. Elle illustre parfaitement le concept de "pulsion de vie" : même dans les situations les plus précaires ou douloureuses, l'être humain trouve une force irrationnelle pour continuer.
Elle nous invite aussi à réfléchir sur la dignité au travail et le poids des charges qui pèsent sur les plus vulnérables.
📢 La Morale expliquée
« Plutôt souffrir que mourir, c'est la devise des hommes. »
La Fontaine ne juge pas le bûcheron pour sa "lâcheté" ; il dresse un constat universel sur la nature humaine. La morale suggère que la vie possède une valeur intrinsèque si forte qu'elle l'emporte sur n'importe quel fardeau. C'est un plaidoyer lucide, bien que teinté d'ironie, sur notre attachement viscéral à l'existence.
❓ Questions fréquentes sur "La Mort et le Bûcheron"
Pourquoi le Bûcheron appelle-t-il la Mort ?
Épuisé par la dureté de son travail et le poids de ses soucis (impôts, corvées), il cherche un soulagement définitif à sa misère.
Quelles sont les contraintes dénoncées par La Fontaine ?
Il énumère les charges du peuple rural sous Louis XIV : subvenir aux besoins de la famille, loger les soldats, payer la gabelle (sel) et les créanciers.
Comment réagit-il devant la Mort ?
Saisi par l'instinct de survie, il change d'avis et demande simplement à la Mort de l'aider à recharger son fagot sur son dos pour rentrer chez lui.
Quel est le message central ?
L'homme préfère endurer les pires souffrances plutôt que de quitter la vie. L'instinct de survie prime sur le désespoir passager.
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