Fable Le Lièvre et la Tortue : Texte, Analyse et Morale

Étude de la fable de Jean de La Fontaine issue du Livre VI (1668)

Illustration de la fable 'Le Lièvre et la Tortue' de Jean de La Fontaine, montrant la Tortue passant la ligne d'arrivée avant le Lièvre.

Dans cette fable magistrale du Livre VI, La Fontaine met en scène une compétition mémorable qui défie toutes les logiques de puissance. « Le Lièvre et la Tortue » illustre avec ironie le conflit entre le talent naturel gâché par l'arrogance et la persévérance humble mais méthodique. En opposant la course folle et désordonnée du Lièvre à la marche lente et ininterrompue de la Tortue, l'auteur interroge notre rapport à l'effort et à la gestion du temps.

L'essentiel de la morale : Cette œuvre nous enseigne que « rien ne sert de courir ; il faut partir à point ». La Fontaine nous livre une leçon de discipline personnelle : le succès ne dépend pas seulement des capacités innées, mais de la constance et du sérieux avec lesquels on entreprend une tâche. C'est une célébration de la patience face à la présomption et à l'autosuffisance.

Fiche Technique : Le Lièvre et la Tortue
Source Livre VI des Fables de La Fontaine
(10ème fable du recueil)
Parution Édition originale de 1668 (chez Claude Barbin)
Thématiques Persévérance Arrogance Gestion du temps
Genre Apologue (récit de course allégorique)
Analyse croisée Souvent associée à Le Lion et le Rat (pour la remise en cause des hiérarchies naturelles)
Fable Le Lièvre et la Tortue de Jean de la Fontaine, texte original à télécharger ou imprimer
Le Lièvre et la Tortue, célèbre fable de Jean de La Fontaine, illustrant la morale sur l'effort et la persévérance', texte original à lire, télécharger et imprimer.

Le Lièvre et la Tortue : Texte Intégral et Versions d'Étude

Retrouvez ci-dessous le texte complet de « Le Lièvre et la Tortue ». Lisez la fable en version originale, ou dépliez les sections suivantes pour accéder aux annotations historiques et à la numérotation des vers.

Texte original

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
Sitôt que moi ce but. - Sitôt ? Êtes-vous sage ?
Repartit l'animal léger.
Ma commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d'ellébore.
- Sage ou non, je parie encore.
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux :
Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,
Ni de quel juge l'on convint.
Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ;
J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint
Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D'où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de Sénateur.
Elle part, elle s'évertue ;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu'il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s'amuse à toute autre chose
Qu'à la gageure. A la fin quand il vit
Que l'autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit
Furent vains : la Tortue arriva la première.
Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, l'emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?

Source : Jean de La Fontaine, Livre VI, fable 10 (1668).

💡 Version annotée

(Définitions et sens caché)

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point [1]
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
Gageons [2], dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
Sitôt [3] que moi ce but. - Sitôt ? Êtes-vous sage [4] ?
Repartit l'animal léger [5].
Ma commère [6], il vous faut purger [7]
Avec quatre grains d'ellébore [8].
- Sage ou non, je parie encore.
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux [9] :
Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,
Ni de quel juge l'on convint [10].
Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ;
J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint
Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes [11],
Et leur fait arpenter les landes [12].
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D'où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de Sénateur [13].
Elle part, elle s'évertue ;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu'il y va de son honneur
De partir tard [14]
. Il broute, il se repose,
Il s'amuse à toute autre chose
Qu'à la gageure [15]. A la fin quand il vit
Que l'autre touchait presque au bout de la carrière [16],
Il partit comme un trait [17] ; mais les élans qu'il fit
Furent vains : la Tortue arriva la première.
Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, l'emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?

[1] Cette expression signifie commencer au bon moment.

[2] Parions. La Tortue propose au Lièvre de parier sur le résultat de la course.

[3] Cela veut dire "aussi vite" ou "aussi tôt". La Tortue dit que le Lièvre n'atteindra pas le but aussi rapidement qu'elle.

[4] Êtes-vous sensée ? Le Lièvre utilise cette question pour suggérer que la Tortue est folle ou inconsciente de ses limites.

[5] Répondit le lièvre avec légèreté.

[6] Terme familier pour désigner une personne proche, ici la Tortue, avec un ton un peu moqueur. Ma commère signifie ici mon amie mais de façon un peu ironique.

[7] Dans ce contexte, cela veut dire "soigner", souvent en lien avec un remède. Le Lièvre dit que la Tortue a besoin d'un remède pour sa folie présumée.

[8] Plante autrefois utilisée pour traiter les maladies mentales. Le Lièvre suggère ici que la Tortue est folle de penser qu'elle pourrait le battre.

[9] Les mises ou les paris placés pour la course.

[10] Verbe convenir conjugué au passé simple, signifiant se mettre d'accord.

[11] Expression provenant de la Rome antique, renvoyer aux calendes grecques signifie remettre à un temps qui ne viendra pas.

[12] Parcourir à grands pas une grande étendue de terre.

[13] Expression signifiant aller lentement, comme un vieux sénateur romain.

[14] Cette phrase montre que le Lièvre, arrogant et sûr de lui, sous-estime le défi en jugeant la victoire sans gloire s'il part au même moment que la Tortue, il pense que partir en retard prouvera encore plus sa supériorité.

[15] Pari.

[16] La ligne d'arrivée.

[17] Très rapidement.

🔢 Version numérotée

(Idéal pour citer les vers)
  1. Maître corbeau, sur un arbre perché,
  2. Tenait en son bec un fromage.
  3. Maître renard, par l'odeur alléché,
  4. Lui tint à peu près ce langage :
  5. « Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
  6. Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
  7. Sans mentir, si votre ramage
  8. Se rapporte à votre plumage,
  9. Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois. »
  10. À ces mots, le corbeau ne se sent pas de joie ;
  11. Et pour montrer sa belle voix,
  12. Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
  13. Le renard s'en saisit, et dit : « Mon bon monsieur,
  14. Apprenez que tout flatteur
  15. Vit aux dépens de celui qui l'écoute.
  16. Cette leçon vaut bien un fromage sans doute. »
  17. Le corbeau honteux et confus,
  18. Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

Analyse Littéraire et Sens de la Fable "Le Lièvre et la Tortue"

🔍 Décryptage de la fable : La victoire de la méthode sur le talent

Dans cette fable du Livre VI, La Fontaine met en scène un paradoxe saisissant. Le duel n'est pas physique, il est moral. Le Lièvre ne perd pas par manque de vitesse, mais par mépris de l'adversaire et de l'effort. Il transforme son talent naturel en un handicap par pur narcissisme, pensant que son avance est acquise pour l'éternité.

La Tortue, quant à elle, incarne la tempérance et la résilience. Elle accepte sa nature (la lenteur et le poids de sa carapace) pour en faire une stratégie de constance. La Fontaine nous montre que le mouvement continu, aussi lent soit-il, finit toujours par triompher de l'agitation désordonnée et de la présomption.

💡 Écho contemporain

Cette fable résonne aujourd'hui avec le concept de "Slow Life" face à l'immédiateté numérique. Elle illustre parfaitement le monde du travail actuel : vaut-il mieux un collaborateur brillant mais instable, ou un profil persévérant qui livre un travail régulier ?

Elle nous alerte également sur le biais de confiance : dans nos projets personnels, l'excès d'assurance est souvent le premier pas vers l'échec, tandis que la discipline (la Tortue) garantit l'aboutissement.

📢 La Morale expliquée

« Rien ne sert de courir ; il faut partir à point. »
Cette sentence est l'une des plus célèbres de la langue française. Elle signifie que la ponctualité et la préparation sont supérieures à la précipitation. La Fontaine suggère que la réussite est une question d'organisation : l'énergie dépensée inutilement (le Lièvre) est un gaspillage si elle n'est pas canalisée par un objectif clair.

❓ Questions fréquentes sur "Le Lièvre et la Tortue"

Qui lance le défi dans la fable ?

C'est la Tortue qui, lasse des moqueries du Lièvre, propose le pari. Elle mise sur sa force mentale plutôt que sur ses muscles.

Pourquoi le Lièvre s'arrête-t-il en chemin ?

Par arrogance. Il juge la Tortue si insignifiante qu'il s'offre le luxe de flâner, de brouter et même de dormir, pensant la rattraper d'un seul bond.

Quelle est la principale qualité de la Tortue ?

Sa détermination. Elle ne se laisse pas distraire par le paysage ni par le ridicule de sa situation. Elle avance "avec un pas de sénateur".

Que signifie "partir à point" ?

Cela signifie commencer au bon moment et avec la bonne préparation. C'est l'idée que la victoire se joue dès le départ par le sérieux de l'engagement.

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