Fable Le Lion amoureux : Texte, Analyse et Morale
Étude de la fable de Jean de La Fontaine issue du Livre IV (1668)
Dans cette fable du Livre IV, La Fontaine explore avec finesse les dangers de la passion amoureuse. « Le Lion amoureux » met en scène un Lion puissant prêt à tout pour épouser une jeune bergère, allant jusqu'à renoncer à ses griffes et à ses dents. À travers ce récit, l'auteur montre comment l'amour peut aveugler même les êtres les plus forts et les pousser à perdre toute prudence.
L'essentiel de la morale : Cette fable illustre que « l'amour peut nous rendre faibles et imprudents ». En abandonnant ce qui faisait sa force, le Lion se met lui-même en danger. La Fontaine nous met ainsi en garde contre les excès de la passion, qui peuvent conduire à perdre son jugement et à s'exposer aux pires conséquences.
| Fiche Technique : Le Lion amoureux | |
|---|---|
| Source |
Livre IV des Fables de La Fontaine
(fable dédiée à Mademoiselle de Sévigné) |
| Parution | Édition originale de 1668 (chez Claude Barbin) |
| Thématiques | Amour Passion Imprudence |
| Genre | Apologue animalier et récit moral sur les dangers de l'amour |
| Analyse croisée | Souvent associée à Le Lion et le Rat pour la figure du lion puissant rendu vulnérable |
Le Lion amoureux : Texte Intégral et Versions d'Étude
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Texte original
À Mademoiselle de Sévigné
Sévigné, de qui les attraits
Servent aux Grâces de modèle,
Et qui naquîtes toute belle,
À votre indifférence près,
Pourriez-vous être favorable
Aux jeux innocents d'une fable,
Et voir, sans vous épouvanter,
Un lion qu'Amour sut dompter ?
Amour est un étrange maître.
Heureux qui peut ne le connaître
Que par récit, lui ni ses coups !
Quand on en parle devant vous,
Si la vérité vous offense,
La fable au moins se peut souffrir :
Celle-ci prend bien l'assurance
De venir à vos pieds s'offrir,
Par zèle et par reconnaissance.
Du temps que les bêtes parlaient,
Les lions, entre autres, voulaient
Être admis dans notre alliance.
Pourquoi non ? Puisque leur engeance
Valait la nôtre en ce temps-là,
Ayant courage, intelligence,
Et belle hure outre cela.
Voici comment il en alla.
Un lion de haut parentage
En passant par un certain pré,
Rencontra bergère à son gré :
Il la demande en mariage.
Le père aurait fort souhaité
Quelque gendre un peu moins terrible.
La donner lui semblait bien dur ;
La refuser n'était pas sûr ;
Même un refus eût fait possible,
Qu'on eût vu quelque beau matin
Un mariage clandestin ;
Car outre qu'en toute matière
La belle était pour les gens fiers,
Fille se coiffe volontiers
D'amoureux à longue crinière.
Le père donc, ouvertement
N'osant renvoyer notre amant,
Lui dit : « Ma fille est délicate ;
Vos griffes la pourront blesser
Quand vous voudrez la caresser.
Permettez donc qu'à chaque patte
On vous les rogne, et pour les dents,
Qu'on vous les lime en même temps.
Vos baisers en seront moins rudes,
Et pour vous plus délicieux ;
Car ma fille y répondra mieux,
Étant sans ces inquiétudes. »
Le lion consent à cela,
Tant son âme était aveuglée !
Sans dents ni griffes le voilà,
Comme place démantelée.
On lâcha sur lui quelques chiens :
Il fit fort peu de résistance.
Amour, amour, quand tu nous tiens,
On peut bien dire : « Adieu prudence ! »
Source : Jean de La Fontaine, Livre IV (1668).
💡 Version annotée
(Définitions et sens caché)
À Mademoiselle de Sévigné [1]
Sévigné, de qui les attraits
Servent aux Grâces [2] de modèle,
Et qui naquîtes toute belle,
À votre indifférence près,
Pourriez-vous être favorable
Aux jeux innocents d'une fable,
Et voir, sans vous épouvanter,
Un lion qu'Amour sut dompter ?
Amour est un étrange maître.
Heureux qui peut ne le connaître
Que par récit, lui ni ses coups !
Quand on en parle devant vous,
Si la vérité vous offense,
La fable au moins se peut souffrir :
Celle-ci prend bien l'assurance
De venir à vos pieds s'offrir,
Par zèle et par reconnaissance.
Du temps que les bêtes parlaient,
Les lions, entre autres, voulaient
Être admis dans notre alliance.
Pourquoi non ? Puisque leur engeance [3]
Valait la nôtre en ce temps-là,
Ayant courage, intelligence,
Et belle hure [4] outre cela.
Voici comment il en alla.
Un lion de haut parentage [5]
En passant par un certain pré,
Rencontra bergère à son gré :
Il la demande en mariage.
Le père aurait fort souhaité
Quelque gendre un peu moins terrible.
La donner lui semblait bien dur ;
La refuser n'était pas sûr ;
Même un refus eût fait possible,
Qu'on eût vu quelque beau matin
Un mariage clandestin [6] ;
Car outre qu'en toute matière
La belle était pour les gens fiers,
Fille se coiffe [7] volontiers
D'amoureux à longue crinière.
Le père donc, ouvertement
N'osant renvoyer notre amant,
Lui dit : « Ma fille est délicate [8] ;
Vos griffes la pourront blesser
Quand vous voudrez la caresser.
Permettez donc qu'à chaque patte
On vous les rogne [9], et pour les dents,
Qu'on vous les lime [10] en même temps.
Vos baisers en seront moins rudes,
Et pour vous plus délicieux ;
Car ma fille y répondra mieux,
Étant sans ces inquiétudes. »
Le lion consent à cela,
Tant son âme était aveuglée !
Sans dents ni griffes le voilà,
Comme place démantelée [11].
On lâcha sur lui quelques chiens :
Il fit fort peu de résistance.
Amour, amour, quand tu nous tiens,
On peut bien dire : « Adieu prudence [12] ! »
[1] Françoise-Marguerite de Sévigné, fille de la célèbre Marquise.
[2] Les trois déesses de la beauté et du charme dans la mythologie.
[3] Race, espèce, descendance. Le mot désigne ici l'espèce des lions.
[4] La tête majestueuse du lion, terme normalement utilisé pour le sanglier.
[5] De très haute lignée, d'une famille illustre.
[6] Un mariage secret, souvent par enlèvement, sans l'accord paternel.
[7] S'entêter, s'éprendre follement de quelqu'un, langage familier.
[8] Fragile, de constitution faible.
[9] Couper, tailler court les extrémités.
[10] Rendre moins tranchant en frottant avec une lime.
[11] Une forteresse dont on a abattu les murs de défense. Le lion est désormais sans protection.
[12] Expression signifiant qu'on abandonne toute sagesse.
🔢 Version numérotée
(Idéal pour citer les vers)
- À Mademoiselle de Sévigné
- Sévigné, de qui les attraits
- Servent aux Grâces de modèle,
- Et qui naquîtes toute belle,
- À votre indifférence près,
- Pourriez-vous être favorable
- Aux jeux innocents d'une fable,
- Et voir, sans vous épouvanter,
- Un lion qu'Amour sut dompter ?
- Amour est un étrange maître.
- Heureux qui peut ne le connaître
- Que par récit, lui ni ses coups !
- Quand on en parle devant vous,
- Si la vérité vous offense,
- La fable au moins se peut souffrir :
- Celle-ci prend bien l'assurance
- De venir à vos pieds s'offrir,
- Par zèle et par reconnaissance.
- Du temps que les bêtes parlaient,
- Les lions, entre autres, voulaient
- Être admis dans notre alliance.
- Pourquoi non ? Puisque leur engeance
- Valait la nôtre en ce temps-là,
- Ayant courage, intelligence,
- Et belle hure outre cela.
- Voici comment il en alla.
- Un lion de haut parentage
- En passant par un certain pré,
- Rencontra bergère à son gré :
- Il la demande en mariage.
- Le père aurait fort souhaité
- Quelque gendre un peu moins terrible.
- La donner lui semblait bien dur ;
- La refuser n'était pas sûr ;
- Même un refus eût fait possible,
- Qu'on eût vu quelque beau matin
- Un mariage clandestin ;
- Car outre qu'en toute matière
- La belle était pour les gens fiers,
- Fille se coiffe volontiers
- D'amoureux à longue crinière.
- Le père donc, ouvertement
- N'osant renvoyer notre amant,
- Lui dit : « Ma fille est délicate ;
- Vos griffes la pourront blesser
- Quand vous voudrez la caresser.
- Permettez donc qu'à chaque patte
- On vous les rogne, et pour les dents,
- Qu'on vous les lime en même temps.
- Vos baisers en seront moins rudes,
- Et pour vous plus délicieux ;
- Car ma fille y répondra mieux,
- Étant sans ces inquiétudes. »
- Le lion consent à cela,
- Tant son âme était aveuglée !
- Sans dents ni griffes le voilà,
- Comme place démantelée.
- On lâcha sur lui quelques chiens :
- Il fit fort peu de résistance.
- Amour, amour, quand tu nous tiens,
- On peut bien dire : « Adieu prudence ! »
Analyse Littéraire et Sens de la Fable "Le Lion amoureux"
🔍 Décryptage de la fable : la puissance vaincue par la passion
Dans Le Lion amoureux, La Fontaine met en scène un paradoxe frappant : l'animal le plus fort devient soudain vulnérable à cause de l'amour. Le Lion, symbole de puissance, de noblesse et de domination, accepte de perdre ses griffes et ses dents pour épouser une bergère. Sa force naturelle devient inutile dès lors que son jugement est aveuglé par la passion.
Le père de la jeune fille, trop prudent pour refuser directement un prétendant aussi dangereux, utilise la ruse. Sous prétexte de protéger sa fille, il pousse le Lion à se priver lui-même de ses moyens de défense. La Fontaine montre ainsi que l'amour, lorsqu'il n'est plus guidé par la raison, peut conduire à l'imprudence, à la faiblesse et à la perte de soi.
💡 Écho contemporain
Cette fable reste très actuelle : elle rappelle que l'on peut perdre sa lucidité lorsque l'on cherche à plaire à tout prix. Dans une relation amoureuse, sociale ou professionnelle, accepter de renoncer à ce qui nous protège, par amour, par désir de plaire ou par pression extérieure, peut devenir dangereux.
Le Lion amoureux illustre aussi les risques de la manipulation douce : le père ne combat pas le Lion frontalement, il l'amène à se désarmer lui-même. La Fontaine nous invite donc à garder notre discernement, même lorsque nos sentiments semblent tout justifier.
📢 La Morale expliquée
« Amour, amour, quand tu nous tiens, on peut bien dire : Adieu prudence ! »
Cette morale signifie que l'amour peut faire perdre la raison. Le Lion, pourtant redoutable, accepte de se laisser rogner les griffes et limer les dents. En abandonnant ce qui faisait sa force, il devient incapable de se défendre. La Fontaine montre que la passion, lorsqu'elle domine entièrement l'esprit, peut conduire à des décisions absurdes et dangereuses.
❓ Questions fréquentes sur "Le Lion amoureux"
Quelle est la morale de la fable Le Lion amoureux ?
La morale est que l'amour peut faire perdre toute prudence. Le Lion, aveuglé par sa passion, abandonne ses griffes et ses dents, c'est-à-dire ce qui faisait sa force.
Pourquoi le Lion accepte-t-il de perdre ses griffes et ses dents ?
Il accepte parce qu'il est amoureux et espère ainsi épouser la jeune bergère. La Fontaine montre ici que la passion peut affaiblir le jugement.
Quel rôle joue le père de la jeune fille ?
Le père agit avec prudence et ruse. Il ne refuse pas directement le Lion, mais lui propose de supprimer ses griffes et ses dents pour rendre ses caresses moins dangereuses.
Que représente le Lion dans cette fable ?
Le Lion représente la puissance rendue vulnérable par l'amour. Même un être fort et noble peut devenir faible lorsqu'il abandonne sa raison et ses moyens de défense.
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