Fable Le Loup devenu berger : Texte, Analyse et Morale

Étude de la fable de Jean de La Fontaine issue du Livre III (1668)

Illustration de la fable Le Loup devenu berger de Jean de La Fontaine, montrant un loup déguisé en berger pour tromper un troupeau.

Dans cette fable du Livre III, La Fontaine met en scène un Loup qui cherche à tromper un troupeau en se déguisant en berger. Pour approcher plus facilement les brebis, il imite l'apparence du berger et tente de jouer un rôle qui n'est pas le sien. Mais sa ruse finit par le trahir, car il ne suffit pas de changer d'habit pour changer de nature.

L'essentiel de la morale : Cette fable illustre que « les apparences ne suffisent pas à cacher la véritable nature ». En voulant se faire passer pour ce qu'il n'est pas, le Loup révèle finalement sa tromperie. La Fontaine nous met ainsi en garde contre les imposteurs et rappelle que la ruse finit souvent par se retourner contre celui qui l'utilise.

Fiche technique : Le Loup devenu berger
Source Livre III des Fables de La Fontaine
(3e fable du recueil)
Parution Édition originale de 1668 (chez Claude Barbin)
Thématiques Ruse Tromperie Apparences Imposture
Genre Apologue animalier et récit moral sur la tromperie et les fausses apparences
Analyse croisée Souvent associée à Le Loup et l'Agneau pour la figure du loup prédateur et la critique des rapports de force
Fable Le Loup devenu berger de Jean de La Fontaine, texte original à télécharger ou imprimer
Le Loup devenu berger, célèbre fable de Jean de La Fontaine, illustre la tromperie, les fausses apparences et l'impossibilité de dissimuler durablement sa vraie nature. Texte original à lire, télécharger et imprimer.

Le Loup devenu berger : Texte Intégral et Versions d'Étude

Retrouvez ci-dessous le texte complet de « Le Loup devenu berger ». Lisez la fable en version originale, ou dépliez les sections suivantes pour accéder aux annotations historiques et à la numérotation des vers.

Texte original

Un Loup qui commençait d'avoir petite part
Aux brebis de son voisinage,
Crut qu'il fallait s'aider de la peau du renard
Et faire un nouveau personnage.
Il s'habille en berger, endosse un hoqueton,
Fait sa houlette d'un bâton,
Sans oublier la cornemuse.
Pour pousser jusqu'au bout la ruse,
Il aurait volontiers écrit sur son chapeau :
C'est moi qui suis Guillot berger de ce troupeau.
Sa personne étant ainsi faite
Et ses pieds de devant posés sur sa houlette,
Guillot le sycophante approche doucement.
Guillot le vrai Guillot étendu sur l'herbette,
Dormait alors profondément.
Son chien dormait aussi, comme aussi sa musette.
La plupart des brebis dormaient pareillement.
L'hypocrite les laissa faire,
Et pour pouvoir mener vers son fort les brebis
Il voulut ajouter la parole aux habits,
Chose qu'il croyait nécessaire.
Mais cela gâta son affaire,
Il ne put du pasteur contrefaire la voix.
Le ton dont il parla fit retentir les bois,
Et découvrit tout le mystère.
Chacun se réveille à ce son,
Les brebis, le chien, le garçon.
Le pauvre loup dans cet esclandre,
Empêché par son hoqueton,
Ne put ni fuir ni se défendre.
Toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre.
Quiconque est loup, agisse en loup ;
C'est le plus certain de beaucoup.

Source : Jean de La Fontaine, Livre III (1668).

💡 Version annotée

(Définitions et sens caché)

Un Loup qui commençait d'avoir petite part [1]
Aux brebis de son voisinage,
Crut qu'il fallait s'aider de la peau du renard [2]
Et faire un nouveau personnage.
Il s'habille en berger, endosse un hoqueton [3],
Fait sa houlette [4] d'un bâton,
Sans oublier la cornemuse [5].
Pour pousser jusqu'au bout la ruse,
Il aurait volontiers écrit sur son chapeau :
C'est moi qui suis Guillot [6] berger de ce troupeau.
Sa personne étant ainsi faite
Et ses pieds de devant posés sur sa houlette,
Guillot le sycophante [7] approche doucement.
Guillot le vrai Guillot étendu sur l'herbette,
Dormait alors profondément.
Son chien dormait aussi, comme aussi sa musette [8].
La plupart des brebis dormaient pareillement.
L'hypocrite les laissa faire,
Et pour pouvoir mener vers son fort [9] les brebis
Il voulut ajouter la parole aux habits [10],
Chose qu'il croyait nécessaire.
Mais cela gâta son affaire,
Il ne put du pasteur [11] contrefaire la voix.
Le ton dont il parla fit retentir les bois,
Et découvrit tout le mystère.
Chacun se réveille à ce son,
Les brebis, le chien, le garçon.
Le pauvre loup dans cet esclandre [12],
Empêché par son hoqueton,
Ne put ni fuir ni se défendre.
Toujours par quelque endroit fourbes [13] se laissent prendre.
Quiconque est loup, agisse en loup [14] ;
C'est le plus certain de beaucoup [15].

[1] Petite part : part réduite, maigre profit ; le loup ne trouvait plus assez de brebis à manger.

[2] La peau du renard : image de la ruse et de la tromperie, traditionnellement associée au renard.

[3] Hoqueton : vêtement épais ressemblant à une tunique ou une casaque portée autrefois.

[4] Houlette : bâton de berger servant à diriger et guider les brebis.

[5] Cornemuse : instrument de musique souvent associé aux bergers.

[6] Guillot : nom simple et courant donné à un berger, comme un nom générique.

[7] Sycophante : imposteur, trompeur, hypocrite.

[8] Musette : sac ou instrument pastoral utilisé par les bergers.

[9] Fort : repaire ou refuge où le loup veut emmener les brebis.

[10] Ajouter la parole aux habits : ne pas seulement imiter l'apparence du berger mais aussi sa voix.

[11] Pasteur : autre mot pour dire berger.

[12] Esclandre : tumulte, agitation soudaine.

[13] Fourbes : personnes trompeuses ou rusées.

[14] Quiconque est loup, agisse en loup : chacun doit agir selon sa vraie nature.

[15] C'est le plus certain de beaucoup : c'est la conduite la plus sûre.

🔢 Version numérotée

(Idéal pour citer les vers)
  1. Un Loup qui commençait d'avoir petite part
  2. Aux brebis de son voisinage,
  3. Crut qu'il fallait s'aider de la peau du renard
  4. Et faire un nouveau personnage.
  5. Il s'habille en berger, endosse un hoqueton,
  6. Fait sa houlette d'un bâton,
  7. Sans oublier la cornemuse.
  8. Pour pousser jusqu'au bout la ruse,
  9. Il aurait volontiers écrit sur son chapeau :
  10. C'est moi qui suis Guillot berger de ce troupeau.
  11. Sa personne étant ainsi faite
  12. Et ses pieds de devant posés sur sa houlette,
  13. Guillot le sycophante approche doucement.
  14. Guillot le vrai Guillot étendu sur l'herbette,
  15. Dormait alors profondément.
  16. Son chien dormait aussi, comme aussi sa musette.
  17. La plupart des brebis dormaient pareillement.
  18. L'hypocrite les laissa faire,
  19. Et pour pouvoir mener vers son fort les brebis
  20. Il voulut ajouter la parole aux habits,
  21. Chose qu'il croyait nécessaire.
  22. Mais cela gâta son affaire,
  23. Il ne put du pasteur contrefaire la voix.
  24. Le ton dont il parla fit retentir les bois,
  25. Et découvrit tout le mystère.
  26. Chacun se réveille à ce son,
  27. Les brebis, le chien, le garçon.
  28. Le pauvre loup dans cet esclandre,
  29. Empêché par son hoqueton,
  30. Ne put ni fuir ni se défendre.
  31. Toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre.
  32. Quiconque est loup, agisse en loup ;
  33. C'est le plus certain de beaucoup.

Analyse littéraire et sens de la fable "Le Loup devenu berger"

🔍 Décryptage de la fable : la ruse trahie par la vraie nature

Dans Le Loup devenu berger, La Fontaine met en scène un Loup qui tente de tromper un troupeau en prenant l'apparence d'un berger. Pour réussir sa ruse, il s'habille comme un pasteur, se munit d'une houlette, prend une cornemuse et cherche à imiter Guillot, le vrai berger endormi près de ses brebis.

Mais le déguisement ne suffit pas. Lorsque le Loup veut ajouter la parole aux habits, sa voix le trahit aussitôt. Le son qu'il produit réveille le berger, le chien et les brebis. La Fontaine montre ainsi que l'imposture finit souvent par se révéler : on peut emprunter les apparences d'un autre, mais il est beaucoup plus difficile de cacher durablement sa vraie nature.

💡 Écho contemporain

Cette fable reste très actuelle : elle rappelle que les apparences peuvent être trompeuses, mais qu'elles ne suffisent pas toujours à masquer la vérité. Dans la vie sociale, professionnelle ou numérique, certains cherchent à paraître compétents, honnêtes ou bien intentionnés, alors que leur comportement finit par révéler leurs véritables intentions.

Le Loup devenu berger illustre aussi les limites du déguisement et de l'imitation. Le Loup copie les signes extérieurs du berger, mais il ne possède ni sa voix, ni son rôle, ni sa légitimité. La Fontaine nous invite donc à nous méfier des imposteurs et à regarder au-delà des apparences.

📢 La morale expliquée

"Toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre. Quiconque est loup, agisse en loup ; c'est le plus certain de beaucoup."
Cette morale signifie que les trompeurs finissent souvent par se trahir eux-mêmes. Le Loup croit pouvoir réussir en imitant le berger, mais sa voix révèle sa véritable identité. La Fontaine montre qu'il vaut mieux agir selon sa nature que chercher à jouer un rôle mensonger, car l'imposture finit presque toujours par être découverte.

❓ Questions fréquentes sur "Le Loup devenu berger"

Quelle est la morale de la fable Le Loup devenu berger ?

La morale est que les imposteurs finissent souvent par se trahir. Le Loup se déguise en berger, mais sa voix révèle sa vraie nature et fait échouer sa ruse.

Pourquoi le Loup se déguise-t-il en berger ?

Le Loup se déguise en berger pour approcher les brebis sans les effrayer. Il espère tromper le troupeau en imitant l'apparence de Guillot, le vrai berger.

Pourquoi la ruse du Loup échoue-t-elle ?

Sa ruse échoue parce qu'il ne parvient pas à imiter la voix du berger. En parlant, il réveille les brebis, le chien et le garçon, ce qui dévoile toute la tromperie.

Que représente le Loup dans cette fable ?

Le Loup représente l'imposteur qui cherche à tromper les autres par les apparences. Il croit pouvoir changer de rôle en changeant d'habit, mais sa nature de prédateur finit par apparaître.

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À ne pas confondre : la fable Le Lion amoureux traite surtout de l'amour et de la perte de prudence, tandis que Le Loup devenu berger porte davantage sur la ruse, le déguisement et l'imposture.