Fable Le Singe et le Dauphin : Texte, Analyse et Morale
Étude de la fable de Jean de La Fontaine issue du Livre IV (1668)
Dans cette fable du Livre IV, La Fontaine raconte l'histoire d'un Singe sauvé de la noyade par un Dauphin après un naufrage. Le Dauphin, croyant secourir un homme, l'interroge sur Athènes et sur le Pirée. Par vanité, le Singe prétend connaître ces lieux et leurs habitants, mais son mensonge le trahit rapidement. « Le Singe et le Dauphin » montre ainsi comment l'imposture et les paroles mensongères peuvent se retourner contre celui qui les utilise.
L'essentiel de la morale : Cette fable illustre que « le mensonge finit souvent par démasquer l'imposteur ». Le Singe veut paraître plus savant et plus important qu'il ne l'est réellement, mais ses réponses absurdes révèlent son ignorance. La Fontaine critique ici la vanité, la fausse assurance et ceux qui parlent avec aplomb de ce qu'ils ne connaissent pas.
| Fiche technique : Le Singe et le Dauphin | |
|---|---|
| Source |
Livre IV des Fables de La Fontaine
(7e fable du Livre IV) |
| Parution | Édition originale de 1668 (chez Claude Barbin) |
| Thématiques | Mensonge Vanité Imposture Ignorance |
| Genre | Apologue animalier et récit moral sur le mensonge et la fausse prétention |
| Analyse croisée | Souvent associée à Le Geai paré pour le thème de l'imposture et du personnage qui veut paraître autre qu'il n'est |
Le Singe et le Dauphin : Texte Intégral et Versions d'Étude
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Texte original
C'était chez les Grecs un usage
Que sur la mer tous voyageurs
Menaient avec eux en voyage
Singes et chiens de bateleurs.
Un navire en cet équipage
Non loin d'Athènes fit naufrage.
Sans les Dauphins tout eût péri.
Cet animal est fort ami
De notre espèce : en cette Histoire
Pline le dit ; il le faut croire.
Il sauva donc tout ce qu'il put.
Même un Singe en cette occurrence,
Profitant de la ressemblance,
Lui pensa devoir son salut :
Un Dauphin le prit pour un homme,
Et sur son dos le fit asseoir
Si gravement qu'on eût cru voir
Ce chanteur que tant on renomme.
Le Dauphin l'allait mettre à bord,
Quand, par hasard, il lui demande :
Êtes-vous d'Athènes la grande ?
Oui, dit l'autre, on m'y connaît fort ;
S'il vous y survient quelque affaire,
Employez-moi, car mes parents
Y tiennent tous les premiers rangs :
Un mien cousin est Juge-Maire.
Le Dauphin dit : Bien grand merci :
Et le Pirée a part aussi
À l'honneur de votre présence ?
Vous le voyez souvent, je pense ?
Tous les jours ; il est mon ami :
C'est une vieille connaissance.
Notre Magot prit, pour ce coup,
Le nom d'un port pour un nom d'homme.
De telles gens il est beaucoup.
Qui prendraient Vaugirard pour Rome,
Et qui, caquetants au plus dru,
Parlent de tout et n'ont rien vu.
Le Dauphin rit, tourne la tête,
Et le Magot considéré,
Il s'aperçoit qu'il n'a tiré
Du fond des eaux rien qu'une bête.
Il l'y replonge, et va trouver
Quelque homme afin de le sauver.
Source : Jean de La Fontaine, Livre IV (1668).
💡 Version annotée
(Définitions et sens caché)
C'était chez les Grecs un usage
Que sur la mer tous voyageurs
Menaient avec eux en voyage
Singes et chiens de bateleurs [1].
Un navire en cet équipage
Non loin d'Athènes fit naufrage.
Sans les Dauphins tout eût péri.
Cet animal est fort ami
De notre espèce : en cette Histoire
Pline [2] le dit ; il le faut croire.
Il sauva donc tout ce qu'il put.
Même un Singe en cette occurrence [3],
Profitant de la ressemblance,
Lui pensa devoir son salut [4] :
Un Dauphin le prit pour un homme,
Et sur son dos le fit asseoir
Si gravement qu'on eût cru voir
Ce chanteur que tant on renomme [5].
Le Dauphin l'allait mettre à bord,
Quand, par hasard, il lui demande :
Êtes-vous d'Athènes la grande ?
Oui, dit l'autre, on m'y connaît fort ;
S'il vous y survient quelque affaire [6],
Employez-moi ; car mes parents
Y tiennent tous les premiers rangs [7] :
Un mien cousin est Juge-Maire.
Le Dauphin dit : Bien grand merci :
Et le Pirée [8] a part aussi
À l'honneur de votre présence ?
Vous le voyez souvent, je pense ?
Tous les jours ; il est mon ami :
C'est une vieille connaissance.
Notre Magot [9] prit, pour ce coup,
Le nom d'un port pour un nom d'homme.
De telles gens il est beaucoup.
Qui prendraient Vaugirard pour Rome [10],
Et qui, caquetants au plus dru [11],
Parlent de tout et n'ont rien vu.
Le Dauphin rit, tourne la tête,
Et le Magot considéré [12],
Il s'aperçoit qu'il n'a tiré
Du fond des eaux rien qu'une bête.
Il l'y replonge, et va trouver
Quelque homme afin de le sauver.
[1] Bateleurs : artistes de rue ou de foire qui faisaient des tours avec des animaux.
[2] Pline : auteur romain, écrivain et naturaliste.
[3] Occurrence : dans cette circonstance précise.
[4] Salut : le fait d'être sauvé.
[5] Ce chanteur que tant on renomme : allusion à Arion, musicien grec sauvé par un dauphin.
[6] S'il vous y survient quelque affaire : s'il vous arrive un besoin d'aide ou de service.
[7] Premiers rangs : places de pouvoir les plus importantes.
[8] Le Pirée : grand port d'Athènes ; le singe le prend pour une personne.
[9] Magot : surnom donné au singe, espèce de singe sans queue.
[10] Prendre Vaugirard pour Rome : prendre un petit village pour une capitale, par ignorance.
[11] Caquetants au plus dru : bavarder sans s'arrêter et avec assurance.
[12] Considéré : examiné avec attention.
🔢 Version numérotée
(Idéal pour citer les vers)
- C'était chez les Grecs un usage
- Que sur la mer tous voyageurs
- Menaient avec eux en voyage
- Singes et chiens de bateleurs.
- Un navire en cet équipage
- Non loin d'Athènes fit naufrage.
- Sans les Dauphins tout eût péri.
- Cet animal est fort ami
- De notre espèce : en cette Histoire
- Pline le dit ; il le faut croire.
- Il sauva donc tout ce qu'il put.
- Même un Singe en cette occurrence,
- Profitant de la ressemblance,
- Lui pensa devoir son salut :
- Un Dauphin le prit pour un homme,
- Et sur son dos le fit asseoir
- Si gravement qu'on eût cru voir
- Ce chanteur que tant on renomme.
- Le Dauphin l'allait mettre à bord,
- Quand, par hasard, il lui demande :
- Êtes-vous d'Athènes la grande ?
- Oui, dit l'autre, on m'y connaît fort ;
- S'il vous y survient quelque affaire,
- Employez-moi ; car mes parents
- Y tiennent tous les premiers rangs :
- Un mien cousin est Juge-Maire.
- Le Dauphin dit : Bien grand merci :
- Et le Pirée a part aussi
- À l'honneur de votre présence ?
- Vous le voyez souvent, je pense ?
- Tous les jours ; il est mon ami :
- C'est une vieille connaissance.
- Notre Magot prit, pour ce coup,
- Le nom d'un port pour un nom d'homme.
- De telles gens il est beaucoup.
- Qui prendraient Vaugirard pour Rome,
- Et qui, caquetants au plus dru,
- Parlent de tout et n'ont rien vu.
- Le Dauphin rit, tourne la tête,
- Et le Magot considéré,
- Il s'aperçoit qu'il n'a tiré
- Du fond des eaux rien qu'une bête.
- Il l'y replonge, et va trouver
- Quelque homme afin de le sauver.
Analyse littéraire et sens de la fable "Le Singe et le Dauphin"
🔍 Décryptage de la fable : le mensonge démasqué par l'ignorance
Dans Le Singe et le Dauphin, La Fontaine raconte l'histoire d'un Singe sauvé d'un naufrage par un Dauphin. L'animal marin croit d'abord secourir un homme et l'interroge sur Athènes. Le Singe, par vanité, prétend connaître la ville, ses habitants et même le Pirée, qu'il prend à tort pour une personne.
La fable repose sur un comique de situation très efficace : plus le Singe cherche à paraître savant, plus il révèle son ignorance. Son mensonge finit par le trahir. La Fontaine critique ainsi les personnes qui parlent avec assurance de ce qu'elles ne connaissent pas, et qui veulent donner l'illusion du savoir par pure prétention.
💡 Écho contemporain
Cette fable reste très actuelle : elle vise tous ceux qui veulent paraître compétents sans réellement maîtriser leur sujet. Le Singe parle avec aplomb, mais ses réponses montrent qu'il ne comprend pas ce dont il parle.
Le Singe et le Dauphin peut donc se lire comme une critique de la fausse culture, des discours creux et de l'imposture sociale. Dans les études, le travail ou les conversations publiques, La Fontaine rappelle qu'il vaut mieux reconnaître ce que l'on ignore que prétendre tout savoir.
📢 La morale expliquée
« De telles gens il est beaucoup, qui [...] parlent de tout et n'ont rien vu. »
Cette morale dénonce les faux savants et les personnes qui parlent de sujets qu'elles ne connaissent pas. Le Singe veut se faire passer pour un homme important et cultivé, mais son erreur sur le Pirée révèle son ignorance. La Fontaine montre que la vanité et le mensonge finissent souvent par se retourner contre celui qui les utilise.
❓ Questions fréquentes sur "Le Singe et le Dauphin"
Quelle est la morale de la fable Le Singe et le Dauphin ?
La morale est qu'il ne faut pas parler avec assurance de ce que l'on ignore. Le Singe prétend connaître Athènes et le Pirée, mais son mensonge révèle son ignorance.
Pourquoi le Dauphin sauve-t-il le Singe ?
Le Dauphin sauve le Singe parce qu'il le prend d'abord pour un homme. La ressemblance trompe l'animal marin, qui croit secourir un être humain après le naufrage.
Pourquoi le Singe est-il démasqué ?
Le Singe est démasqué lorsqu'il affirme connaître le Pirée comme s'il s'agissait d'une personne. Cette erreur montre qu'il parle sans savoir et qu'il ment pour paraître important.
Que représente le Singe dans cette fable ?
Le Singe représente la vanité, l'imposture et la fausse assurance. Il veut paraître cultivé et influent, mais son ignorance finit par apparaître clairement.
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🎭 Mensonge, imposture et fausses apparences
💬 Orgueil, ignorance et erreurs de jugement
À retenir : Le Singe et le Dauphin se rapproche particulièrement du Geai paré des plumes du Paon, car les deux fables dénoncent les personnages qui veulent paraître ce qu'ils ne sont pas.